Le roman Une si longue lettre de Mariama Bâ m’a beaucoup
plu. Premièrement, le thème du livre est extrêmement intéressant
et m’a captivée, car il décrit la condition féminine
dans une société religieusement et culturellement différente
de la mienne. Aussi, la lecture de cette œuvre m’a permis de lever
le voile sur de nombreuses questions que je me posais au sujet de la pratique
de la polygamie. Les préjudices que nos cultures occidentales portent
sur la religion islamique aussi bien que sur la polygamie se sont révélés
erronés et mal fondés.
Une si longue lettre est une sorte de compilation de la correspondance
entre Ramatoulaye, une veuve qui se voit soustraire ses biens après le
décès de son mari, et Aïssatou, son amie d’enfance
et confidente. Le style d’écriture, c'est-à-dire un dialogue
indirect entre les deux correspondantes à travers le médium de
lettres, offre une omniprésence au lecteur qui lui donne l’impression
que ces lettres lui sont également adressées. Ainsi, le lecteur
se sent beaucoup plus concerné par la tragédie de ces femmes contraintes
et révoltées.
Le sujet du livre est, au premier regard, une critique de la polygamie et des
traditions islamiques qui détériorent les conditions féminines.
Le malheur que Ramatoulaye nous décrit dans le roman est fermement lié
à sa position de femme « secondaire » dans un mariage polygame,
qu’elle considère déchu. Ce genre de mariage polygame est
basé sur un système hautement patriarcal reposant sur des interprétations
coraniques favorisant les hommes au détriment des femmes. Grâce
au rituel islamique qui veut que la vie du mort soit révélée,
les lettres écrites par Ramatoulaye exposent les défauts, aussi
bien que les qualités de Modou, son défunt mari. Une description
personnelle et profonde de la relation entre Modou et Ramatoulaye montre que
le mariage musulman n’est pas du tout abusif, comme le pensent la plupart
des gens. Malgré tout, la pratique de la polygamie est le facteur qui
causera de sérieux problèmes auxquels Ramatoulaye aussi bien qu’Aïssatou
font face.
L’idée occidentale tend à penser que les hommes abusent
les droits, le respect et le statut des femmes musulmanes sous le prétexte
de la polygamie. Ce n’est qu’en lisant lettre après lettre
que le lecteur se rend compte que ce ne sont pas uniquement les hommes qui imposent
les contraintes et les méfaits décrits par Ramatoulaye et Aïssatou.
Les femmes aussi, comme la mère de Modou, peuvent causer le malheur d’autres
femmes par le biais de manipulations justifiées par un mobile égocentrique,
ou par pur profit personnel. Un exemple révélateur est observé
lorsque Tante Nabou ramène la Petite Nabou chez elle dans le but de la
marier à son fils Modou, malgré le fait qu’il soit déjà
marié. Plutôt, Tante Nabou ramène la Petite Nabou chez elle
dans le but de remarier son fils Modou, se débarrassant ainsi de Ramatoulaye,
une belle-fille qu’elle considère indigne et encombrante. La vieille
dame apprendra à l’enfant, exploitée sans en être
consciente, « que la qualité première d’une femme
est la docilité ». Peut-être un jour, aura-t-elle besoin
d’une belle-fille docile pour parvenir à d’autres fins personnelles?
Quoi qu’il en soit, on voit ici que certaines femmes profitent du statut
polygame, et qu’elles peuvent aussi causer des tragédies dans un
mariage déjà existant. Avant la lecture de ce livre, j’ignorai
totalement qu’une femme pouvait ainsi prendre avantage du système
religieux pour parvenir à ses fins. Les hommes ne sont donc pas les seuls
responsables concernant les injustices liées à la polygamie.
La lecture d’Une si longue lettre a été pour moi
très intéressante et instructive. Aussi, elle m’a apporté
un point de vue plus compréhensif sur la vie et les coutumes musulmanes
qui, trop souvent, sont bafouées et mal comprises.