Ode à Poppie

Abbey Barden



Il me prend la main avec une fermeté surhumaine par rapport à la force de son corps flétri. Je me tiens debout à côté du lit stérile depuis quelques heures sans enlever ma main -- la puissance de son étreinte émettant une certaine tendresse et exprimant son âme d’amour. Aimer les autres vient sans effort et avec dévouement pour lui. Sur son annulaire, une alliance en or poli rayonne : le témoignage de soixante-six ans d’une vie remplie de servitude et de générosité pour son entourage et sa famille. Il a un cœur à la Jésus, toujours donnant le temps, l’attention, et l’amour indéfini.


Lentement et avec délicatesse, je caresse la chair douce de son pouce, et j’étudie ses mains changées. Autrefois, elles étaient fissurées avec des blessures d’un travailleur. Mais avec la vieillesse elles se sont adoucies et sont devenues minces (pas osseuses), pâles (pas blanches), et lisses. Elles ont gardé leur vitalité, mais pas leur apparence. Aujourd’hui, ses mains ne sont plus bronzées par le soleil, hâlées par le vent, ou séchées par la terre. Ses doigts ne sont pas tachés par le sang des vers et mouchetés avec des écailles des flets. Maintenant, Poppie n’a plus besoin de ses mains agiles et prêtes à travailler.


Les souvenirs et émotions profondes m’inondent pendant que je le regardant. Oui, il est le même homme qui je connais et j’aime, mais sa forme transforme d’une manière pitoyable et triste. Mais, quand il me tient la main, il parle à mon cœur aussi. Pendant ces heures précieuses, il ne garde pas son étreinte pour lui, mais pour moi, me montrant que son amour transcende l’apparence et ne mourra jamais.