Il me prend la main avec une fermeté surhumaine par rapport à
la force de son corps flétri. Je me tiens debout à côté
du lit stérile depuis quelques heures sans enlever ma main -- la puissance
de son étreinte émettant une certaine tendresse et exprimant son
âme d’amour. Aimer les autres vient sans effort et avec dévouement
pour lui. Sur son annulaire, une alliance en or poli rayonne : le témoignage
de soixante-six ans d’une vie remplie de servitude et de générosité
pour son entourage et sa famille. Il a un cœur à la Jésus,
toujours donnant le temps, l’attention, et l’amour indéfini.
Lentement et avec délicatesse, je caresse la chair douce de son pouce,
et j’étudie ses mains changées. Autrefois, elles étaient
fissurées avec des blessures d’un travailleur. Mais avec la vieillesse
elles se sont adoucies et sont devenues minces (pas osseuses), pâles (pas
blanches), et lisses. Elles ont gardé leur vitalité, mais pas
leur apparence. Aujourd’hui, ses mains ne sont plus bronzées par
le soleil, hâlées par le vent, ou séchées par la
terre. Ses doigts ne sont pas tachés par le sang des vers et mouchetés
avec des écailles des flets. Maintenant, Poppie n’a plus besoin
de ses mains agiles et prêtes à travailler.
Les souvenirs et émotions profondes m’inondent pendant que je le
regardant. Oui, il est le même homme qui je connais et j’aime, mais
sa forme transforme d’une manière pitoyable et triste. Mais, quand
il me tient la main, il parle à mon cœur aussi. Pendant ces heures
précieuses, il ne garde pas son étreinte pour lui, mais pour moi,
me montrant que son amour transcende l’apparence et ne mourra jamais.