La Beauté douloureuse

Gelila Tsegaye

En entrant dans le vaste espace, on entend la sonnerie des cloches et le bruit de tous les invités qui remplissent la salle paroissiale. Avant le commencement de la cérémonie, je prends place sur un banc près du premier rang, dans le voisinage immédiat de la famille honorée. L’orgue retentit dans la salle et tout le monde se lève et tourne vers l’entrée. À travers l’embrasure, j’aperçois une femme de petite stature, voilée d’un tissu léger et fin en soie. Fièrement, l’homme lui prend le bras et ils s’avancent vers l’autel. Sa démarche lente dans l’allée centrale montre qu’elle est mal à l’aise. Tous les yeux sont fixés sur elle et sur sa beauté. Ils arrivent à l’autel et se font face. Son père la dévoile, baise son front lisse, et donne sa main à l’homme inconnu.


Le soleil brille et traverse les vitraux colorés en éclairant l’immense salle. La blancheur de la robe réfléchit la lumière. Elle a une abondance de cheveux longs qui lui arrivent au milieu du dos. Cette masse noire est d’une douceur soyeuse aussi épaisse que brillante. Elle a la peau mate et lisse sans aucune imperfection. L’attrayante princesse ornée de bijoux attire l’attention de tous ceux qui sont présents. Elle a un nez court et pointu percé d’un diamant, des lèvres fines, et juste au-dessus, un petit grain de beauté. Se tenant debout devant le prêtre et à côté de l’homme inconnu, elle penche la tête, le visage convulsé de douleur. Des larmes de tristesse coulent de ses yeux en amande. Son cœur porte le fardeau de cet amour faux et son esprit est préoccupé par un sens impitoyable de regret. Elle est confrontée maintenant par un obstacle ; elle devra apprendre à l’aimer afin d’accepter les traditions de sa culture.